25.11.05

Improbable

"Comment ça tient".

Oh, un OVNI. C'est le livre d'un passionné, d'un fou des structures, des immeubles, longtemps professeur à Columbia, qui a eu envie de communiquer sa passion et son émerveillement sur l'art de la construction. Comment le dôme d'une basilique arrive-t'il à tenir ? et la structure de la state de la liberté ? et un toit d'usine ? une maison de paille amazonienne ? Et Mario Salvadori de raconter tout ça avec gourmandise, anecdotes, et plein de croquis, ébauches et petits plans.

- "Ooh, 'Comment ça tient', très bien celui-là
- Oui, avec un titre pareil, j'allais forcément le feuilleter
- Et on apprend plein de choses. La suite sortira bientôt: 'Pourquoi ça tombe'
- Ah et sinon la dernière fois, on avait acheté un disque d'un groupe canadien improbable, "Silver Mt. Zion and Tra-la-la Band", il parait qu'il y a un autre groupe encore plus obscur des même musiciens, "Fly Pan Am".
- Ah oui, et c'est pas mal du tout, un tout petit peu plus rock, enfin, pas trop 'n'roll. J'en ai quelques uns justement.
- ..."

L'oeil du silence, c'est Bien.

En forme de cercle

Que faire pendant une semaine de vacances ? Se remettre un peu au Stick, au piano et à Logic.

Et histoire d'être un peu sérieux entre deux amusements, j'ai essayé de mieux comprendre de l'intérieur comment fonctionne un style de musique qui me fascine: les musiques en forme de cercle. Musique répétitive, minimaliste, drone-music, etc. Philip Glass, Steve Reich, Keith Fullerton Whitman, et ainsi de suite.

D'où l'idée de travailler un peu sur Logic sur des choses très simples pour mieux saisir tout cela. Des Etudes, quoi.
Contraintes: interdiction d'utiliser des delays ou des échos. Que des sons purs. Interdiction de tirer parti d'une mélodie: on reste sur du 'la' pendant tout l'extrait et deux autres notes pour agrémenter, un mi et un ré (le koto introduit aussi un si bémol, mais c'est tout). Que des motifs courts -sans- modifications au cours du temps, en laissant à chaque motif une durée différente pour obtenir des déphasages entre les motifs. Un exemple public, par esprit de mortification, "IV" (si les musiques répétitives suscitées vous hérissent le poil, n'essayez même pas d'écouter un -mauvais- exemple comme celui là):

Circling IV

Conclusions ? Ça fonctionne vaguement pendant les 3 premières minutes (hormis le la-mi/la-ré bien trop présent au piano électrique), avec l'arrivée des deux lignes de basse par dessus les 2 pianos et le piano électrique. Après ça se gate. Déjà la texture du koto tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, puis l'arrivée d'une texture entremêlée vers 3:30 (un bête arpège la-mi-la joué deux fois très légèrement différement et d'une durée un rien distincte) n'arrive pas à se fondre dans l'existant. La texture en soi est amusante avec des jolis déphasages et fait un peu penser aux premières secondes de 'once in a lifetime'. Mais là, ça s'intègre mal. Et sur la fin, tous les croisements manquent un peu d'intérêt, et fonctionnent moins bien que sur les entrelacements du début.

Et encore, "IV" est un des rares essais vaguement écoutables, la majorité des tentatives n'a evidemment rien donné: les motifs rapides sont bien plus difficiles à agencer, le choix des sons est beaucoup plus difficile qu'il n'y parait pour ne pas obtenir quelque chose totalement illisible, et même des motifs extrèmement simples peuvent donner des catastrophes une fois entrelacés.

Bref, ça confirme ce que je savais pour avoir lutté pour jouer certaines partitions de Philip Glass au piano: ces styles de musique sont étonnement difficiles à interpréter, et à analyser. Loin du 'bah, c'est toujours la même chose' de 'bon sens'.

Bon, et si vous ne connaissez pas ces musiques, essayez les extraits de Multiples de Keith Fullerton Whitman ou de Electric Counterpoint de Reich ("Music for 18 musicians" serait mieux, mais je n'ai pas trouvé d'extrait en ligne).

21.11.05

Les deboires syndicaux...

... de M. Émile Littré:
Voici comment l'ordre de la besogne était réglé entre moi, mes collaborateurs et mon organe indispensable, le typographe. Je remettais un lot de copie à M. Beaujean. Il le paraphait et l'envoyait à l'imprimerie. Mais je n'ai pas encore dit que cette imprimerie était celle de M. Lahure. M. Hachette l'avait désignée comme grand établissement pour un grand ouvrage. En même temps il s'y était assuré d'un bon metteur en pages et de bons ouvriers. Quand ils eurent sous les yeux un premier échantillon de mon manuscrit, ils refusèrent de s'en charger aux conditions ordinaires de la composition, et ils demandèrent une augmentation de prix, qui leur fut accordée par M. Hachette. Ils n'arguèrent, pour fonder leur réclamation, ni de la mauvaise écriture, ni des ratures, ni des difficultés de lecture ; mais ils déclarèrent que ce qui accroissait leur besogne et justifiait leur exigence était le vieux français de l'historique, qui ne pouvait être composé couramment comme le reste. Avant de formuler leur demande, ils avaient soumis l'affaire à une sorte de conseil arbitral formé d'ouvriers, qu'ils nomment le Comité, et qui prononça en leur faveur.


Pioché dans l'étonnante causerie "Comment j'ai rédigé mon dictionnaire: Trois périodes : avant, pendant, après" par Émile Littré. Fascinante plongée dans la construction de son grand oeuvre, dans les méthodes de travail de l'époque, et dans son temps (le lexicographe n'était pas franchement un communard fanatique).

18.11.05

Creanciers

"Créanciers" d'August Strindberg, Théatre de l'Atelier.

Lambert Wilson. Ecrasant de présence, Par ce physique qui donne l'impression de remplir tout le plateau sans avoir à bouger, par une voix à charrier de la rocaille. Et le rôle qui va avec, Gustav, impérieux, doux, inhumain, juste "un veuf qui enseigne les langues mortes", qui à force de ressentiment, cède la place à un diable incarné dans un costume trois pièces.

Jean-Pierre Lorit, Adolphe, souris dans les griffes de deux chats, forcément, punching-ball avec des espoirs trop doux pour un cet "ami" et cette femme. A trop offrir à l'autre, on se retrouve désséché, coquille vide où ne surnagent que quelques psychoses.

Emmanuelle Devos, Tekla, cible trop parfaite de la misogynie de Strindberg. Coupable d'avoir été modelée par ses deux hommes, et - le comble - d'en avoir pris conscience et d'y puiser sa liberté, de vouloir s'échapper par l'écriture et les amants.

Plus qu'à étudier les combinaisons de ces trois blocs de souffrance, deux à deux, les uns après les autres, jusqu'à ce que la flétrissure arrive, par le simple rire de passants, et qu'à force de vouloir blesser l'un, on fasse périr l'autre.
Rien de personnel, c'est juste mathématique.

16.11.05

Aran

Par la fenêtre, je vois un couple de faisans picorer sur la route qui brille de tous ses lacets inutiles. Quand je lui ai demandé la raison de ce tracé erratique, il m'a répondu qu'ici, autrefois, les chemins étaient empierrés par les femmes qui n'aimaient pas que le vent les décoiffe ; quand il tournait, elles en faisaient autant. Cette explication m'a entièrement satisfait. Les romains ne sont pas venus ici. Pas de Romains, pas d'urbs, pas de bornes milliaires, pas trace de ces systèmes qui réduisent la nature à des droites et à leur perpendiculaire.

Michael Hernon, le chauffeur, était un homme dans la quarantaine, laconique, courtois, précis, distant, avec cette distinction de vieux bois flotté qu'on trouve souvent dans les pays de vent.

Nicolas Bouvier - Journal d'Aran et d'autres lieux



Il y a une légèreté dans l'écriture de Nicolas Bouvier. Ni gourmandise de détails, ni jubilation béate de voyageur. Il plane sur ses pages une douce ironie, comme dans l'ouverture de ce Journal d'Aran, où il évoque dans un sourire le destin de ces moines irréductibles, trop druides pour Rome, trop prêtres pour ces terres battues, qui s'en iront évangéliser un continent bien moins aride et faire entendre raison jusqu'aux ours.

Ses mots sur les îles irlandaises me remettent en mémoire un voyage vers les hautes terres d'Ecosse, il y a plusieurs années, où nous notions avec amusement qu'avec le nord venait le froid. Et qu'avec le froid les soupes traditionnellement servies en entrée voyaient la taille des légumes qui y nageaient aller grandissant. Peut-être qu'à la pointe la plus septentrionale on aurait pu trouver une pomme de terre entière dans le bouillon.

9.11.05

Le dessin de presse selon Google

On me souffle dans l'oreillette que de nouveau sur Google News, le choix d'une image pour illustrer les articles ayant le premier ministre pour sujet est pour le moins singulier.

Effectivement. On distingue bien la stratégie de M. de Villepin imposée à M. Sarkozy:


8.11.05

Avis de tempete

Journée de forte tempête - au figuré.


Donc ça fait plaisir de recevoir au même moment des ajouts pour la Pile:


Ainsi que, pour les oreilles:

Et sur le haut de la pile, présentement ? "Glamorama". Bret Easton Ellis. Cette première moitié, plongée dans la tête d'un jetsetter, est brillante et totalement féroce. Ce type m'épate.

6.11.05

Jour pluvieux...



... chat heureux.

5.11.05

Une minute de publicite

On me souffle dans l'oreillette d'aller taper "banlieues" dans Google et de jeter un oeil aux "liens commerciaux" proposés pour cette recherche.



L'UMP et son Iznogoud sont manifestement maintenant fort au fait des nouvelles technologies et de l'intérêt qu'il peut y avoir à acheter une pub pour tel ou tel mot tapoté sur Google.

(soupir)

Qui disait qu'avec l'Internet, on entrerait dans un monde subtil et informé où la politique à gros sabots n'aurait plus cours ?

Mise à jour: on me souffle dans l'oreillette que ça marche aussi avec les mots suivants: insécurité, sécurité, émeutes, racaille, voyous, clichy, gauchiste, socialiste, démocration, jospin, violence, cité ou incivilité...

Les mots me manquent et les bras m'en tombent.

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