26.9.05

Sur le haut de la pile

"Les plus démunis des locataires, ceux du premier étage, se retrouvaient chaque matin, blaireau en main, devant la lavabo du palier, en compagnie du concierge - un mutilé de guerre, la casquette vissée au crâne - auquel il fallait pincer la peau du menton pendant que de sa main unique il y passait prudemment le rasoir."

"Il y avait beaucoup de militants à Prilep. Les plus heureux s'élevaient en bronze dans la poussière des places, la main sur un livre de doctrine, ou siègeaient à Skoplje dans le gouvernement de Macédoine."

Nicolas Bouvier - L'usage du monde


(c'est un des en-cours du moment, récit de voyage, d'errance souriante, de Genève à l'Afghanistan en 1953 - je n'en suis qu'aux balkans)

24.9.05

Historique petite mort

Joie, bonheur, orgasme. Robert Muchembled a sorti un nouveau livre: "'Orgasme et l'Occident. Une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours".

Robert Muchembled, c'est un formidable historien des moeurs et de la culture. "Culture populaire et culture des élites dans la France moderne (XVème-XVIIIème siècles)" peut sembler un titre bien rébarbatif, mais c'est un bouquin passionnant sur la richesse de la culture populaire et comment celle-ci a été progressivement muselée par l'état ou la religion à l'époque moderne. Il reconnait lui-même avoir été peut-être un peu radical dans ses interprétations, et "L'invention de l'homme moderne" a été l'occasion de compléter et retracer l'évolution des moeurs, des habitudes de la sensibilité, et comment la justice ou la morale ont progressivement imposé des modèles.

Retracer la culture populaire peut amener à plonger dans certains grands mythes. Les sorcières, le diable. C'est l'objet de son "Histoire du Diable, XIIème-XXème siècle", le premier que j'ai eu l'occasion de lire. Comment Satan a changé de tête au cours des âges, du pauvre diable facile à moquer du moyen âge au démon terrorisant des inquisitions. Et comme le livre est riche en citations, et en références picturales, un 'beau livre' (erk, je n'aime décidemment pas cette dénomination qui fleure bon le truc-à-emballer-pour-Noël) , "Diables!" existe pour l'accompagner, un vrai dictionnaire visuel du Malin.

Bref, Muchembled est un des historiens les plus atypiques et intéressants que j'ai pu lire, un peu comme Michel Pastoureau et ses histoires des couleurs ou du rayé.

Et, tout comme Karl, je suis un peu gêné à l'idée de mettre des liens direct vers des pages Amazon. Humf.

22.9.05

Tout ce que j'aimais

Dernier roman de Siri Huvstedt, qui s'écarte doucement de ses deux précédents: moins de féérie, d'onirismes nocturnes. Plus retenu, plus grave. Des histoires de couples, de création, de filiation, et des brisures qui déchirent le roman. L'amitié d'un critique d'art pour un artiste, leur rapprochement, leurs familles qui se mêlent. Equilibre entre les grands blocs de ce roman, la texture d'une peau vieillie dans les dernières pages, la course à la perte.

Contre toute attente, il m'a secoué. Vraiment.

18.9.05

Dino

Dean Martin, ça évoque quoi ? Un crooner, un sous-Sinatra ? Un acteur des 50's / 60's ? Le type avec qui Jerry Lewis a débuté ?

Guère plus. Et je n'en étais même pas à ce point là.

Alors, pourquoi lire ce livre ? A cause de la couverture ? Parce qu'une biographie publiée chez Rivages/Noir, ça intriguait ? A cause de l'a-priori favorable que j'ai sur Nick Tosches, sans réelle raison (à part le fait que je ne cesse de le confondre avec Nik Cohn) ? Parce que le sous-titre, "la belle vie dans la sale industrie du rêve" ça sonnait bien ?

N'importe. Dino, c'est l'anti biopic, c'est à ranger dans les grandes biographies hantées, où on se demande où commence la voix du biographe et où finit celle de son sujet, façon Carrère avec Philip K. Dick. Dino, c'est le putain de voyage d'un fils d'émigrés italiens dans les années Kodachrome de l'Amérique. Un Dino Crocetti qui grandit au temps de la prohibition et des casinos clandestins d'arrières boutiques. Qui devient Dino Martini en partant chanter dans des restaurants chinois ou des night-clubs de second ordre. Et qui finit Dean Martin sans trop savoir comment, en crooner à New York ou Atlantic City, explosant dans des numéros mi-comique, mi-chant après sa rencontre avec un tout jeune Jerry Lewis. Et à passer, de night-club en night-club, de la radio aux casinos Vegas, le tout pour devenir une des icônes absolues d'Hollywood tout en en ayant strictement rien à foutre.

Rien à devoir à personne, rien à demander, rien à promettre. Ni aux moguls des studios, ni à la pègre, Sam Giancana et consorts. Car si Martin croise souvent les parrains, contrairement à Sinatra, il ne s'y brûlera jamais les doigts. A mi-chemin exactement entre les Kennedy et la face sombre de l'Amérique.

Trop classe. Trop détaché. Trop jouisseur. Baiseur impénitent et mari et père comblé. Paumé entre ses millions dont il n'a pas grand chose à faire mais qu'il gèrera toujours parfaitement. Un acteur qui gagnera l'estime de Monty Clift et Brando et qui finira sa filmographie par Cannonball 2. Un solitaire qui sera un membre actif du Rat Pack de Sinatra. Trop beau, trop cool.

Et Nick Tosches, d'une écriture de roman noir, heurtée, habitée, hallucinée, arrive à faire se rejoindre toutes ces histoires. Lewis et Martin. La Mafia. Camelot. Les jeux. L'alcool, et le sexe. Les contrats et les haines. Les histoires, pas l'Histoire non, elle n'est qu'en creux dans tout ça. Comme si finalement Nick Tosches avait fini par prouver que la réalité s'était contentée de broder par dessus un roman d'Ellroy.

Bretagne

Café. Resto. Livre. Café. Livre. Mer. Livre. Thé. Crêpe. Livre. Café.



Quant au livre, il s'agit de l'excellent "Dino" de Nick Tosches. Plus à ce sujet quand je mettrai en ordre mes notes sur les lectures du week-end.

10.9.05

Lucette de nuit

Je l'ai retrouvée. Elle s'ennuyait un soir, et elle était juste partie boire un verre (petite mise à jour: je pense l'avoir également aperçue aux jumelles).

9.9.05

Rouleaux

Bercy

Alsace


5.9.05

To try is to fail

(i.e. un aphorisme du Guitar Craft). Certes. Mais.

Un long moment de lutte avec le Stick, à discipliner les doigts sur une simple progression.

Plus qu'à trouver de quoi se consoler, avec quelques morceaux d'outre-espace:

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