31.8.05
Des telecoms en milieu rural
Titre d'une dépèche du Monde:
"France Télécom augmente son capital, l'Etat perd sa minorité de bocage"
Libertinage
Posons les personnages.
D'abord, Jean-Baptiste Joseph François de Sade, père du futur divin marquis.
Ensuite le duc de Condé. Important personnage. Mal marié dans sa jeunesse, puis pendant longtemps avec une maîtresse, et à la mort de celle-ci, poussé à se remarier.
L'élue, une princesse allemande toute jeunette, on ne peut plus charmante. Mais tout cela pour ensuite la négliger après les noces, durant des années, et néanmoins en l'entourant de quelques personnes sûres promptes à lui rapporter toute tentative de flirt.
Bref, notre Comte de Sade, ayant quelques vues sur la charmante duchesse de Condé, décide de se marier avec une de ses intimes, pour se rapprocher de l'objet de ses attentions.
Et plus tard, ayant réussi à conquérir le lit de la duchesse, il subit un petit mouvement d'humeur de celle-ci:
Et encore une fois, ce n'est pas du Marquis de Sade dont il s'agit, mais de son père, un "simple" jeune noble ambitieux et libertin.
Le tout est extrait de notes autobiographiques de Jean-Baptiste de Sade, retrouvées dans les archives de la famille, et citées par Maurice Lever dans la biographie de l'auteur de Justine, "Donatien Alphonse François, Marquis de Sade", qui vient de rejoindre la Pile.
Bref, quand on parle des moeurs dépravées actuelles, on peut pouffer. Balaise, le XVIIIème.
D'abord, Jean-Baptiste Joseph François de Sade, père du futur divin marquis.
Ensuite le duc de Condé. Important personnage. Mal marié dans sa jeunesse, puis pendant longtemps avec une maîtresse, et à la mort de celle-ci, poussé à se remarier.
L'élue, une princesse allemande toute jeunette, on ne peut plus charmante. Mais tout cela pour ensuite la négliger après les noces, durant des années, et néanmoins en l'entourant de quelques personnes sûres promptes à lui rapporter toute tentative de flirt.
Bref, notre Comte de Sade, ayant quelques vues sur la charmante duchesse de Condé, décide de se marier avec une de ses intimes, pour se rapprocher de l'objet de ses attentions.
Enfin, le jour arriva. M. le Duc revint de Chantilly pour faire la noce qui se fit à l'htôtel de Condé. J'étais déjà dans le lit que [la nouvelle] Mme de Sade tenait encore la main de Mme la duchesse en la priant de ne la pas quitter. La présence de cette princesse animait mes transports et me rendait plus vif et plus pressé que je ne l'eusse été sans elle, quoique ma femme fût d'une figure aimable.
Et plus tard, ayant réussi à conquérir le lit de la duchesse, il subit un petit mouvement d'humeur de celle-ci:
Un jour que je crus l'avoir satisfaite - et quelle femme de ne l'eût été -, elle se mit à pleurer et à dire qu'elle était bien malheureuse, qu'elle risquait sa vie pour se livrer à moi, puisque si son mari découvrait le commerce que nous avions ensemble, il ne manquerait pas de l'immoler à sa fureur et que je ne l'aimais pas assez pour la dédommager de ses craintes. Je lui répondis en faisant un grand écal de rire:
" Quoi Madame, vous doutez encore de l'excès de mon amour pour vous ? Que faut-il pour vous persuader ? "
Elle fut un peu décontenancée.
- J'aurais lieu d'être content, me dit-elle, si je ne savais pas d'ailleurs que vous faites mieux quand vous voulez, et Madame de S[ade] m'a dit des particuliarités de la première nuit de vos noces qui me font craindre que vous ne la trouviez plus aimable que moi.
- Madame de Sade était si novice, lui dis-je qu'il m'a été aisé de la tromper. Outre qu'il y a si peu de différence que ce n'est pas la peine me le reprocher."
Et encore une fois, ce n'est pas du Marquis de Sade dont il s'agit, mais de son père, un "simple" jeune noble ambitieux et libertin.
Le tout est extrait de notes autobiographiques de Jean-Baptiste de Sade, retrouvées dans les archives de la famille, et citées par Maurice Lever dans la biographie de l'auteur de Justine, "Donatien Alphonse François, Marquis de Sade", qui vient de rejoindre la Pile.
Bref, quand on parle des moeurs dépravées actuelles, on peut pouffer. Balaise, le XVIIIème.
28.8.05
Les rapprochements malheureux.

Passe encore qu'un journal de la perfide Albion fasse un article sur les déboires conjugaux de notre ministre de l'intérieur. Mais que leur article en ligne soit agrémenté de -cette- publicité bien précise.
Quelle fourberie, vraiment.
Et je n'ai pas souri un seul instant.
Pas - un - seul.
27.8.05
Fauxtho

Ce qu'il y a de bien avec les images numériques, c'est que quand on lit une pub de travers, on peut s'arranger ensuite pour que l'image colle avec ce qu'on avait cru lire.
Sur la pile
Rajoutés aujourd'hui sur la pile:
(et en notant tout cela, je me dit que bien probablement "Confessions d'un chasseur d'opium" et "Trinités" de Tosches vont se retrouver sur la pile des choses à rajouter sur la pile).
- "Dino: la belle vie dans la sale industrie du rêve" de Nick Tosches. Parce qu'une bio de Dean Martin dans l'amérique des 50's et 60's entre glamour, Kennedy et mafia va peut-être un peu calmer mon syndrome du manque après American Death Trip / American Tabloid. Parce que j'avais déjà feuilleté ses bouquins sur le rock. Parce que je l'ai confondu avec Nik Cohn et sa "Grande voie blanche" promenade du bout du monde sur Broadway, et -lui aussi- ses bouquins sur la rock culture.
- "L'allemagne de Hitler: 1933-1945", en Point, une compilation d'articles et d'essais sur l'Allemagne hitlérienne parus dans l'Histoire. Parce que j'ai mes phases et que certaines mettent du temps à passer.
- Et en disque, "Deadringer", RJD2. Depuis le temps que Tom m'en fait l'éloge...
(et en notant tout cela, je me dit que bien probablement "Confessions d'un chasseur d'opium" et "Trinités" de Tosches vont se retrouver sur la pile des choses à rajouter sur la pile).
22.8.05
Music sucks (?)
Lu aujourd'hui un court essai de Theodor W. Adorno, "Le Caractère fétiche dans la musique", pris au hasard à la librairie (on peut faire confiance à "L'oeil du silence" pour toujours avoir de l'improbable sur ses rayonnages - 91 rue des Martyrs, hautement conseillé, plein de choses intéressantes sur le pop-art, des romans graphique, de l'alternatif, de l'introuvable, des avant-gardes).
En fait, c'est un long article, assez ancien (1938!) d'un philosophe et musicologue sur le déclin du goût musical. Et à en croire Adorno, il y a de quoi se lamenter: la musique populaire envahit le monde musical, au point que la vraie musique - classique - doit se réfugier dans une catégorie. La musique populaire c'est la commercialisation de la musique, les rengaines, la musique pour meubler, pour danser, la musique qu'on entend sans plus chercher à la comprendre, à la penser. La musique qu'on réduit (le fameux fétichisme) aux disques, aux instruments, aux instrumentistes, à des catalogues d'oeuvres ou de version.
Bref, c'est une lamentation pour la fin d'une époque, d'une manière de concevoir la musique comme une oeuvre de l'esprit, au sens noble, dont le plaisir que l'on éprouve est un plaisir érudit, intellectuel, respectueux de la construction plutôt que d'une simple mélodie sans grand intérêt.
Et c'est là où ça se gâte. Parce qu'en adoptant une définition aussi précise de la musique et de l'amateur de musique, Adorno se retrouve tout naturellement à tirer à vue sur tout ce qui s'en écarte (même Schoenberg n'est pas épargné), et la musique "populaire" n'est donc forcément qu'un affadissement honteux de la Grande Musique, préparée par des arrangeurs putes pour flatter les instincts les plus bas du public. Du coup, une bonne partie de l'essai est réservée à démontrer l'inanité même de l'existence du Jazz, et à l'imprécation contre des auditeurs représentatifs de ce nouvel ordre musical.
Extraits choisis:
Et là, ce qui transparait, ce n'est pas grand chose d'autre qu'une haine cuite et recuite contre une manière différente de faire, vivre, écouter ou théoriser la musique que la sienne. On est bien loin de l'essai et de l'analyse théorique.
Evidemment l'extrait fait sourire en parlant de Jazz, en utilisant le vocabulaire Djeunz des années trente, mais si l'on s'amusait à remplacer "jazz" par des courants bien plus actuels et à dépoussiérer le style, on ne serait pas loin de diatribes bien familières. A trop vouloir défendre la musique contre la marchandisation, le capitalisme, et la facilité, Adorno tient un discours franchement réac.
D'où un vilain piège en deux morceaux pour le lecteur: sympathie pour la thèse initiale de la commercialisation croissante de la musique, du matraquage, de la montée en épingle du moindre "extrait célèbre", le tout aussitôt dynamité par une position dogmatique sur ce qu'est la vraie musique, en voulant raisonner par genre et sans admettre qu'à l'intérieur d'un genre, on trouvera du pitoyable et du génial. Et le lecteur se trouve bien embêté, à sympathiser pour la première partie de la proposition tout en étant bien énervé par la seconde.
Bref, heureusement pour Adorno qu'il n'a pas connu la musique électronique, le sampling, les métissages, un Philip Glass ou Bang on a Can réorchestrant Aphex Twin, la difficulté d'avoir une partition 'classique' pour "Music for 18 Musicians". Ou Mozart pour vendre du Riz.
Il y a quelques années, les remarques de Milan Kundera dans "Les Testaments Trahis" à propos du rock, aussi négatives que caricaturales, m'avaient aussi franchement refroidi. Ce n'est jamais agréable de découvrir le coté buté d'un grand auteur. On a envie de détourner les yeux, un peu gêné devant le spectacle pas très ragoûtant de l'essayiste postillonnant contre ce qu'il ne comprend pas, ne connaît pas, et qu'il n'a pas fait l'effort de découvrir.
En fait, c'est un long article, assez ancien (1938!) d'un philosophe et musicologue sur le déclin du goût musical. Et à en croire Adorno, il y a de quoi se lamenter: la musique populaire envahit le monde musical, au point que la vraie musique - classique - doit se réfugier dans une catégorie. La musique populaire c'est la commercialisation de la musique, les rengaines, la musique pour meubler, pour danser, la musique qu'on entend sans plus chercher à la comprendre, à la penser. La musique qu'on réduit (le fameux fétichisme) aux disques, aux instruments, aux instrumentistes, à des catalogues d'oeuvres ou de version. Bref, c'est une lamentation pour la fin d'une époque, d'une manière de concevoir la musique comme une oeuvre de l'esprit, au sens noble, dont le plaisir que l'on éprouve est un plaisir érudit, intellectuel, respectueux de la construction plutôt que d'une simple mélodie sans grand intérêt.
Et c'est là où ça se gâte. Parce qu'en adoptant une définition aussi précise de la musique et de l'amateur de musique, Adorno se retrouve tout naturellement à tirer à vue sur tout ce qui s'en écarte (même Schoenberg n'est pas épargné), et la musique "populaire" n'est donc forcément qu'un affadissement honteux de la Grande Musique, préparée par des arrangeurs putes pour flatter les instincts les plus bas du public. Du coup, une bonne partie de l'essai est réservée à démontrer l'inanité même de l'existence du Jazz, et à l'imprécation contre des auditeurs représentatifs de ce nouvel ordre musical.
Extraits choisis:
Le masochisme de l'écoute, qui caractérise surtout le rapport des masses au jazz [...]
Ce sont des « chics types », à l'aise en toute occasion, toujours prêts, en société, à se mettre à danser du jazz avec une précision de machine; le jeune, devant une station-service, qui chante ou sifflote ses syncopes, décontracté, en faisant le plein d'essence, l'expert, capable d'identifier tout groupe de jazz, et qui se plonge dans l'histoire de cette musique comme s'il s'agissait de la grande révolution. Il s'apparente le plus au sportif, sinon au footballeur lui-même, du moins au fringant supporter qui domine des tribunes. Il sait en remontrer et s'en fait une gloire; aussi connaisseur en whisky qu'en filles. Il est capable de briller en improvisant grossièrement, même s'il doit s'exercer au piano en cachette, pendant des heures, afin d'assembler des rythmes rebelles.
Ce qui est caractéristique, c'est cet intérêt qu'accordent les auditeurs, non seulement aux pièces instrumentales acrobatiques, mais au timbre particulier des instruments; un intérêt que renouvelle la pratique du swing et qui fait que toute variation - « chorus » expose de manière presque concertante une couleur instrumentale particulière : clarinette, piano, trompette. Souvent, cela va si loin que les auditeurs semblent se soucier davantage de l'interprétation et du « style » que d'un matériel qui les laisse indifférents.
Dans les partitions des succès à la mode, on trouve de curieux graphiques. Ils concernent la guitare, l'ukulele, le banjo - instruments pour enfants, comme l'accordéon des tangos par rapport au piano - et sont réservés aux musiciens qui ne savent pas lire les notes. Les dessins représentent le doigté qui convient à l'instrument. La partition que l'on doit interpréter de façon rationnelle est remplacée par des signaux optiques, par des panneaux de circulation musicaux, en quelque sorte. Naturellement, ces signes se limitent aux trois accords toniques fondamentaux et concluent tout développement harmonique.
Que la musique ait lieu, qu'elle soit entendue, cela se substitue au contenu. L'objet de l'extase, c'est son propre caractère compulsif. Elle a pour modèle les extases que déclenche le tam-tam de guerre des sauvages. Par son aspect convulsif, elle évoque la danse de Saint-Guy ou bien les réflexes d'un animal mutilé.
Et là, ce qui transparait, ce n'est pas grand chose d'autre qu'une haine cuite et recuite contre une manière différente de faire, vivre, écouter ou théoriser la musique que la sienne. On est bien loin de l'essai et de l'analyse théorique.
Evidemment l'extrait fait sourire en parlant de Jazz, en utilisant le vocabulaire Djeunz des années trente, mais si l'on s'amusait à remplacer "jazz" par des courants bien plus actuels et à dépoussiérer le style, on ne serait pas loin de diatribes bien familières. A trop vouloir défendre la musique contre la marchandisation, le capitalisme, et la facilité, Adorno tient un discours franchement réac.
D'où un vilain piège en deux morceaux pour le lecteur: sympathie pour la thèse initiale de la commercialisation croissante de la musique, du matraquage, de la montée en épingle du moindre "extrait célèbre", le tout aussitôt dynamité par une position dogmatique sur ce qu'est la vraie musique, en voulant raisonner par genre et sans admettre qu'à l'intérieur d'un genre, on trouvera du pitoyable et du génial. Et le lecteur se trouve bien embêté, à sympathiser pour la première partie de la proposition tout en étant bien énervé par la seconde.
Bref, heureusement pour Adorno qu'il n'a pas connu la musique électronique, le sampling, les métissages, un Philip Glass ou Bang on a Can réorchestrant Aphex Twin, la difficulté d'avoir une partition 'classique' pour "Music for 18 Musicians". Ou Mozart pour vendre du Riz.
Il y a quelques années, les remarques de Milan Kundera dans "Les Testaments Trahis" à propos du rock, aussi négatives que caricaturales, m'avaient aussi franchement refroidi. Ce n'est jamais agréable de découvrir le coté buté d'un grand auteur. On a envie de détourner les yeux, un peu gêné devant le spectacle pas très ragoûtant de l'essayiste postillonnant contre ce qu'il ne comprend pas, ne connaît pas, et qu'il n'a pas fait l'effort de découvrir.
18.8.05
Entendu (dans la rue)
... dans une bribe de conversation, au coin de la rue d'Orsel.
"Ah bin, à choisir entre la peste et le philoxera"
15.8.05
Sound+Vision
Après avoir pas mal butiné ces derniers jours des discussions et exemples sur la façon de représenter graphiquement un morceau de musique, j'ai eu envie de jouer quelques heures avec Motion pour essayer de comprendre un peu par la pratique ce genre de choses.
Le petit film résultant est franchement foireux, mais fut assez intéressant à faire.
(on reconnaitra - ou pas - l'introduction de "Lazy" de David Byrne, sur "Grown backward").

Notes en vrac: sur des sons sans attaque très nette comme un ensemble de cordes, il est assez difficile de caler la forme, même avec un fade in. Cela donne l'impression que l'instant où l'on perçoit nettement le son diffère de celui où l'on remarquera l'image, même si on démarre au même instant pour arriver au maximum en même temps. La manière de percevoir les montées est apparement légèrement différente. Il faut ajuster à la main.
Je suis surpris aussi du degré de précision nécessaire, un calage raté à plus de deux images se remarque nettement (et il en reste un paquet de ratés dans mon essai). Dans les fausses bonne idées, les formes étirées et vagues comme la première nappe de cordes: beaucoup trop difficile à ajuster, et quasiment impossible à triturer pour faire de bonnes analogies dès que l'on sort d'une bête note tenue. Les formes géométriques très simples sont beaucoup plus facile à travailler. Les passages avec les grilles de portées sont justement la conséquence d'avoir jeté à la poubelle une tentative avec des formes vagues. Ramener une portée n'est guère original, mais permet au moins d'avoir les hauteurs de sons approximativement justes (quitte à ce que je retire les lignes plus tard). Je ne suis pas fan non plus de l'usage des couleurs, qui ne correspondent à rien de précis (le camaïeu initial est assez raté, d'ailleurs).
J'ai fait un autre essai sur la partie plus rythmique du morceau, mais c'est pour l'instant encore moins convaincant.
Le petit film résultant est franchement foireux, mais fut assez intéressant à faire.
(on reconnaitra - ou pas - l'introduction de "Lazy" de David Byrne, sur "Grown backward").

Notes en vrac: sur des sons sans attaque très nette comme un ensemble de cordes, il est assez difficile de caler la forme, même avec un fade in. Cela donne l'impression que l'instant où l'on perçoit nettement le son diffère de celui où l'on remarquera l'image, même si on démarre au même instant pour arriver au maximum en même temps. La manière de percevoir les montées est apparement légèrement différente. Il faut ajuster à la main.
Je suis surpris aussi du degré de précision nécessaire, un calage raté à plus de deux images se remarque nettement (et il en reste un paquet de ratés dans mon essai). Dans les fausses bonne idées, les formes étirées et vagues comme la première nappe de cordes: beaucoup trop difficile à ajuster, et quasiment impossible à triturer pour faire de bonnes analogies dès que l'on sort d'une bête note tenue. Les formes géométriques très simples sont beaucoup plus facile à travailler. Les passages avec les grilles de portées sont justement la conséquence d'avoir jeté à la poubelle une tentative avec des formes vagues. Ramener une portée n'est guère original, mais permet au moins d'avoir les hauteurs de sons approximativement justes (quitte à ce que je retire les lignes plus tard). Je ne suis pas fan non plus de l'usage des couleurs, qui ne correspondent à rien de précis (le camaïeu initial est assez raté, d'ailleurs).
J'ai fait un autre essai sur la partie plus rythmique du morceau, mais c'est pour l'instant encore moins convaincant.
13.8.05
Pourquoi je n'aime pas "La part de l'autre"
"Les hommes sont habitués à juger les êtres sur leurs actes, non sur leurs paroles."
"La part de l'autre" est un roman gonflé: que serait-il arrivé si en 1908, Adolf Hilter avait été accepté plutôt que recalé aux Beaux-Arts. Eric-Emmanuel Schmidt tente en fait deux sujets éminément casse-gueules simultanément, en retraçant la trajectoire des deux Adolf, le recalé, futur dictateur sanguinaire, et l'accepté, devenu peintre mineur dans une Europe qui ne connaîtra que des désordres de second ordre. Bref, à la fois un roman psychologique sur Hitler, et une uchronie intime.
En commençant "la part de l'autre", une vague gêne m'a saisi dès les premières pages, sans vraiment disparaître avant la cloture des deux trajectoires. Dans l'intéressant - et court - journal qui suit le roman, Schmidt admet espèrer en fait un malaise du lecteur, perturbé par la banalité des parts d'ombre, du risque de s'identifier au(x) personnage(s), particulièrement dans les premières années du récit. Dans mon cas, c'est raté: ma gêne a, je pense, plus son origine dans les choix du traitement littéraire que dans le sujet en lui-même.
Le problème de "la part de l'autre" est qu'il s'agit bien d'un (double) drame psychologique. Et qu'entendre la voix intérieure du personnage est très perturbant, pas à cause de la part d'ombre, du risque d'identification, mais simplement parce que le personnage historique et l'image commune est tellement énorme et écrasante qu'il m'a paru très difficile d'entrer dans l'artifice du roman. L'autre problème, et là l'auteur est un peu plus coupable, c'est de parsemer le texte d'allusions pas très finaudes. Par exemple, entendre le soldat de 14 parler de "solution finale" pour les rats qui infestent les tranchées est un anachronisme assez inutile et maladroit. De même, je suis assez peu convaincu par l'interprétation de certaines scènes "historiques" (comme les discussions avec Himmler), où la fibre psychologique est surutilisée, et bien mince. Je comprends le soulagement de l'auteur dans son journal d'avoir réussi à trouver un axe pour écrire un passage pareil, mais je reste plus que dubitatif sur le résultat.

Et pour la partie concernant l'Adolf H. ayant bien tourné ? Curieusement, ça ne m'a guère plus enchanté. La liberté était pourtant infiniment plus grande, mais là, il semble que ce sont les contraintes que s'est posé l'auteur de lui-même qui donnent du plomb dans l'aile à cette partie. Le premier écueil est qu'il fallait bien réconcilier un Adolf H. "positif", ayant vaincu ses démons avec le souci de continuer à montrer ces mêmes démons, pour garder le parallèle avec le double. Le personnage en ressort toujours un peu bancal, au bord de la chute. Là encore, la pression gigantesque de l'Hitler "historique" empêche presque d'entrée d'assimiler le principe de ce miroir positif. L'autre problème est sans doute que ce deuxième fil n'a pas vraiment d'enjeu: on voit un A.H. devenir peintre, connaître amours et deuils, trahisons et amitiés au bon vouloir du romancier. Son avenir ne nous importe pas tellement, puisque fort logiquement il s'agit d'un homme normal, intégré, justement sans vrai éclat. Le dernier souci de cette branche est que même s'il s'agit d'une uchronie, le jeu du "et si.." qui fait tout le sel de ce type d'entreprise est tout à fait secondaire et n'est vraiment utilisé qu'à la toute fin du roman.
Emmanuel Carrère a écrit un très bel essai sur les uchronies justement, Le détroit de Behring, où il remarquait que les auteurs choisissaient souvent ce genre par amertume, par la puissance d'un regret pour ce qui n'a pas été. Ce n'est pas vraiment le cas ici, le choix de l'histoire d'un double écrase l'uchronie.
Trois regrets finalement au fil de ma lecture: qu'Eric-Emmanuel Schmidt n'ait pas préféré raconter le double positif dans le même temps, les mêmes bouleversements, la lecture croisée aurait été peut-être un peu plus palpitante. Peut-être comme un personnage proche, très proche de l'état d'un Hitler en 1908 mais qui ne soit pas exactement un double, un embranchement. voire carrément une autre personne (un peu comme dans le Dictateur). Curieusement, le roman frôle cette possibilité quand l'étudiant accepté aperçoit dans la salle vide un recalé solitaire. Cela aurait peut-être aussi un peu adouci le poids du personnage "historique" sur le personnage positif.
Deuxième regret, et lié à la phrase du roman que j'ai posé en exergue: je ne suis pas du tout convaincu par l'idée d'entendre la voix intérieure des doubles. J'en comprends la logique, mais là encore, je l'ai ressenti plus comme un frein qu'autre chose. Je me demande si un roman plus narratif, simplement soutenu par les actes des personnages n'aurait pas suffit.
Troisième regret, et là on entre dans le subjectif total, je ne trouve pas que l'écriture d'Eric-Emmanuel Schmidt colle avec son sujet. Trop classique, trop riche, trop coulée. J'aurais préféré quelque chose de plus heurté, plus brut. Plus en phase.
Peut-être aussi suis-je victime de ma fascination pour cette époque et d'avoir trop lu de bouquins d'histoire là-dessus pour accrocher sur une transposition en fiction.
Bref, pour avoir un aperçu de la folie et de la banalité d'Hitler, la meilleure source pour moi reste l'extraordinaire biographie de Ian Kershaw.
10.8.05
Pleix
Pleix est un collectif parisien, et leurs courts métrages sont les plus excitants que j'ai pu voir depuis l'excellent What Barry says. Malins, électroniques ("Itsu", sur un morceau de Plaid est une vraie réussite), politiques, j'adore leurs jeux sur le graphisme dl'illustration.

Il y a une ou deux interviews avec eux sur le net.
Ah, et j'aime beaucoup leur "portrait", qui me fait un peu penser à ce que sort eboy.

Il y a une ou deux interviews avec eux sur le net.
Ah, et j'aime beaucoup leur "portrait", qui me fait un peu penser à ce que sort eboy.
8.8.05
Beautiful Evidence
Titre emprunté au prochain ouvrage d'Edward Tufte, et inspiré par une interview de Karl Heinz Stockhausen dans le Monde
Cette remarque de Stockhausen sur la précision du dessin, rendue nécessaire par la volonté d'une parfaite exécution de la musique et non voulue par tocade esthétique me fait penser aux livres d'Edward Tufte, en particulier le premier, "The Visual Display of Quantitative Information".
Je retrouve dans une image d'une partition de Stockhausen et dans sa petite phrase la virtuosité de Tufte pour dégager l'important dans un graphe illisible, le simplifier, trouver d'autres traits que le sacro-saint histogramme pour rendre compte d'un phénomène, et aboutir à un graphe à la fois magnifique visuellement, mais surtout totalement lisible, et magnifique visuellement car totalement lisible...

Il ne faut pas se laisser arrêter par les titres peut-être un peu rebutants de ce trio. Ce ne sont pas des ouvrages de statistiques, ce sont des discussions érudites et joyeuses, sur comment donner à voir l'information, la mettre en valeur, la dégager de sa gangue rébarbative. Mais ce sont aussi des traités d'éthique sur la présentation de faits, sur la manière de ne pas faire mentir des données. Et tout autant un panorama historique: certains documents dénichés par Tufte sont des bijoux visuels, des cartes chinoise du Xème siècle, une représentation de la marche à la mort de l'armée Napoléonienne en Russie, la transcription de pas de danse, des cartes météo japonaises...
Tufte, c'est formidable, mangez-en.
Votre goût pour le dessin transparaît également dans vos partitions, réalisées avec minutie jusque dans l'utilisation des couleurs. Est-ce là un plaisir d'esthète ?
Absolument pas. Dès mes débuts de compositeur, j'ai réalisé que la précision du dessin était essentielle pour une exécution sans faute de la musique. Je me suis attelé à cette tâche pour chacune des 330 oeuvres créées à ce jour. Que restera-t-il de moi à la fin de cette vie ? Avant tout des partitions. Elles doivent donc être sur le plan graphique aussi limpides et belles que possible.
Comme vos partitions sont extrêmement précises, peut-on imaginer que des interprètes les exécutent correctement aujourd'hui en se passant de votre présence ?
C'est une pure hypothèse car, pour nous autres musiciens, il existe toujours une tradition. Si des interprètes décidaient de monter une de mes oeuvres, ils seraient complètement stupides de ne pas rencontrer ceux qui l'ont déjà jouée avec moi et de ne pas me contacter pour travailler d'après les enregistrements que je réalise, depuis des années, sur 16 pistes, et qui me permettent de faire entendre séparément chaque partie et parfois même de fournir un click-track pour réaliser les tempos avec exactitude. J'ai créé une tradition de la précision de l'exécution qui est une très bonne école.
Cette remarque de Stockhausen sur la précision du dessin, rendue nécessaire par la volonté d'une parfaite exécution de la musique et non voulue par tocade esthétique me fait penser aux livres d'Edward Tufte, en particulier le premier, "The Visual Display of Quantitative Information".
Je retrouve dans une image d'une partition de Stockhausen et dans sa petite phrase la virtuosité de Tufte pour dégager l'important dans un graphe illisible, le simplifier, trouver d'autres traits que le sacro-saint histogramme pour rendre compte d'un phénomène, et aboutir à un graphe à la fois magnifique visuellement, mais surtout totalement lisible, et magnifique visuellement car totalement lisible...

Il ne faut pas se laisser arrêter par les titres peut-être un peu rebutants de ce trio. Ce ne sont pas des ouvrages de statistiques, ce sont des discussions érudites et joyeuses, sur comment donner à voir l'information, la mettre en valeur, la dégager de sa gangue rébarbative. Mais ce sont aussi des traités d'éthique sur la présentation de faits, sur la manière de ne pas faire mentir des données. Et tout autant un panorama historique: certains documents dénichés par Tufte sont des bijoux visuels, des cartes chinoise du Xème siècle, une représentation de la marche à la mort de l'armée Napoléonienne en Russie, la transcription de pas de danse, des cartes météo japonaises...
Tufte, c'est formidable, mangez-en.
6.8.05
Frenesie
Le bonheur, c'est simple comme commander et recevoir des bouquins. Et des disques. Trop, de préférence. Je crois qu'un de mes buts dans la vie c'est de finir avec une pièce aux murs intégralement couverts d'étagères. Sans porte.
Et sinon.
"Journal d'un album" de Dupuy et Berberian (les auteurs de 'Monsieur Jean'), chez l'Association. Oui, une des obsessions du moment, la BD mi-autobios, mi-carnet de note.
Un très bel album à quatre mains, une belle claque. C'en est même étonnant, ça faisait longtemps que je n'avais pas été touché ainsi par un bouquin, façon escrime, un coup rapide et inattendu. Oh, pas forcément une réaction forte, un tourneboulage, juste quelque chose qui remonte, imprévu, net, troublant. Parce que ça parle de la difficulté d'écrire ? de vieillissement ? de vies décalées ? de dépression ? de la difficulté à se ménager sa bulle ? d'estime de soi ? Bon. Cela ne va pas calmer mes envies d'écumer ce qui est sorti de Ciboulette chez l'Association.
Et sinon.
"Journal d'un album" de Dupuy et Berberian (les auteurs de 'Monsieur Jean'), chez l'Association. Oui, une des obsessions du moment, la BD mi-autobios, mi-carnet de note.
Un très bel album à quatre mains, une belle claque. C'en est même étonnant, ça faisait longtemps que je n'avais pas été touché ainsi par un bouquin, façon escrime, un coup rapide et inattendu. Oh, pas forcément une réaction forte, un tourneboulage, juste quelque chose qui remonte, imprévu, net, troublant. Parce que ça parle de la difficulté d'écrire ? de vieillissement ? de vies décalées ? de dépression ? de la difficulté à se ménager sa bulle ? d'estime de soi ? Bon. Cela ne va pas calmer mes envies d'écumer ce qui est sorti de Ciboulette chez l'Association.
