12.2.06
Les lundis 5 ✭ ♫ : "Larks' Tongues in Aspic, part III" de King Crimson
Problablement une des plus prodigieuses claques que je me suis pris en écoutant un live.
King Crimson est ce groupe à la géométrie changeante fondé en 1969 par Robert Fripp - dont il est toujours resté le pivot. On parle souvent de prog rock en évoquant King Crimson, ce qui est pour le moins réducteur tant la formation a connu de configurations différentes et de styles variés: peu de points communs entre le très 'prog' "In the court of the Crimson King" et le violent et saturé "THRAK" des années 90.
Et "Larks' Tongues in Aspic, Part III" est justement un morceau de la période 1980-1984.
Ce King Crimson des années 80 est apparu après une longue mise en sommeil du groupe. En fait, quand en 1981 Robert Fripp s'est reposé la question d'un groupe, l'idée initiale était plus de créer une nouvelle formation "Discipline", que de ressuciter King Crimson. Le hiatus imposé, mais également la nouvelle formation changea raidcalement le son King Crimson. Le nouveau groupe était un quatuor: Robert Fripp, Bill Bruford, Tony Levin et Adrian Belew. Bruford était le dernier batteur en date du groupe, présent sur les derniers albums des 70's, et qui avait quitté Yes en plein succès pour les expérimentations de King Crimson. Ajout américain: Tony Levin, bassiste et stickiste est un excellent instrumentiste, et bassiste attitré de Peter Gabriel de son premier album solo jusqu'à maintenant. Et last but not least, Adrian Belew, un autre américain, guitariste et chanteur. Belew a démarré avec Frank Zappa, puis a travaillé en tant que musicien de session avec Bowie, Talking Heads, avant d'être invité par Fripp. La présence inédite de deux (excellents) guitaristes au sein du groupe allait modeler pour longtemps le nouveau son du groupe: on est loin de l'opposition classique guitare rythmique / guitare solo, avec des intrications de jeu, des déphasages, des croisements incessants. L'analogie est plutôt à chercher dans certains morceaux de Steve Reich ou Philip Glass que dans les classiques du rock.
Présent initialement sur le troisième album studio "Three of a Perfect Pair" de cette configuration, "Larks' Tongues in Aspic, part III" est un de ces morceaux typiques du King Crimson de cette période: entrelacements de guitares, collages, changement brutal de rythmes, batterie et basse/stick prenant souvent la première place. La version studio a un coté un petit trop construit, froid qui empêche peut-être de la placer au même niveau que les grands morceaux de cette période comme "Discipline", "Elephant Talk" ou d'autres.
Mais King Crimson a toujours été un immense groupe de live, par l'excellence des instrumentistes mais aussi par leur goût pour l'improvisation et la prise de risque: il est fréquent de les voir partir sur des morceaux totalement improvisés, et les albums "THRaKaTTaK" ou "Heavy ConstruKction" font la part belle à cette facette.
Et justement ici, "Larks' Tongues In Aspic Part III" est sur l'album live "Absent Lovers". Curieux album d'ailleurs, sorti en 1998 mais enregistrement du tout dernier concert de la formation 1981-1984 avant une mise en sommeil de 10 ans. Le moins que l'on puisse dire c'est que ce double ne souffre pas d'être l'ultime trace de cette configuration: on est à un sommet. A une maîtrise parfaite du répertoire s'ajoute un fonctionnement en concert parfaitement huilé, et rarement le groupe n'aura sonné aussi puissamment. Probablement un des meilleurs albums de King Crimson, toutes périodes confondues.
En concert, le morceau un rien fadasse du studio est totalement transfiguré, au point de mériter de figurer en ouverture . Exit les arpèges un peu trop virtuoses du studio, on démarre par un passage purement rythmique (dont Jaga Jazzist saura se souvenir pour en faire l'ossature de "I could have killed him in the sauna"). Le tout est suivi par les célèbres entrelacements, avec la basse qui a finalement le rôle le plus proche d'une ligne mélodique classique. Tout le morceau repose sur des successions de motifs, mise en canon, guitares seules, solos trop courts et pervertis pour mériter vraiment le titre de solos, même la batterie perd son rôle de fondation rythmique et s'en va suivre la mélodie ou jouer sur d'autres signatures (au point où le groupe devait jouer avec une click-track pour permettre à Bruford de faire ses broderies), changements de sons (dont des saturations qui devaient faire trop moderne à l'époque). Le tout parfaitement intellectuel et joyeusement sauvage: du Bach sado-maso.
To be played at maximum volume
Disque assez facile à trouver, que ça soit dans les bacs, sur Amazon, ou directement chez leur label.
King Crimson est ce groupe à la géométrie changeante fondé en 1969 par Robert Fripp - dont il est toujours resté le pivot. On parle souvent de prog rock en évoquant King Crimson, ce qui est pour le moins réducteur tant la formation a connu de configurations différentes et de styles variés: peu de points communs entre le très 'prog' "In the court of the Crimson King" et le violent et saturé "THRAK" des années 90.
Et "Larks' Tongues in Aspic, Part III" est justement un morceau de la période 1980-1984.
Ce King Crimson des années 80 est apparu après une longue mise en sommeil du groupe. En fait, quand en 1981 Robert Fripp s'est reposé la question d'un groupe, l'idée initiale était plus de créer une nouvelle formation "Discipline", que de ressuciter King Crimson. Le hiatus imposé, mais également la nouvelle formation changea raidcalement le son King Crimson. Le nouveau groupe était un quatuor: Robert Fripp, Bill Bruford, Tony Levin et Adrian Belew. Bruford était le dernier batteur en date du groupe, présent sur les derniers albums des 70's, et qui avait quitté Yes en plein succès pour les expérimentations de King Crimson. Ajout américain: Tony Levin, bassiste et stickiste est un excellent instrumentiste, et bassiste attitré de Peter Gabriel de son premier album solo jusqu'à maintenant. Et last but not least, Adrian Belew, un autre américain, guitariste et chanteur. Belew a démarré avec Frank Zappa, puis a travaillé en tant que musicien de session avec Bowie, Talking Heads, avant d'être invité par Fripp. La présence inédite de deux (excellents) guitaristes au sein du groupe allait modeler pour longtemps le nouveau son du groupe: on est loin de l'opposition classique guitare rythmique / guitare solo, avec des intrications de jeu, des déphasages, des croisements incessants. L'analogie est plutôt à chercher dans certains morceaux de Steve Reich ou Philip Glass que dans les classiques du rock.Présent initialement sur le troisième album studio "Three of a Perfect Pair" de cette configuration, "Larks' Tongues in Aspic, part III" est un de ces morceaux typiques du King Crimson de cette période: entrelacements de guitares, collages, changement brutal de rythmes, batterie et basse/stick prenant souvent la première place. La version studio a un coté un petit trop construit, froid qui empêche peut-être de la placer au même niveau que les grands morceaux de cette période comme "Discipline", "Elephant Talk" ou d'autres.
Mais King Crimson a toujours été un immense groupe de live, par l'excellence des instrumentistes mais aussi par leur goût pour l'improvisation et la prise de risque: il est fréquent de les voir partir sur des morceaux totalement improvisés, et les albums "THRaKaTTaK" ou "Heavy ConstruKction" font la part belle à cette facette.
Et justement ici, "Larks' Tongues In Aspic Part III" est sur l'album live "Absent Lovers". Curieux album d'ailleurs, sorti en 1998 mais enregistrement du tout dernier concert de la formation 1981-1984 avant une mise en sommeil de 10 ans. Le moins que l'on puisse dire c'est que ce double ne souffre pas d'être l'ultime trace de cette configuration: on est à un sommet. A une maîtrise parfaite du répertoire s'ajoute un fonctionnement en concert parfaitement huilé, et rarement le groupe n'aura sonné aussi puissamment. Probablement un des meilleurs albums de King Crimson, toutes périodes confondues.
En concert, le morceau un rien fadasse du studio est totalement transfiguré, au point de mériter de figurer en ouverture . Exit les arpèges un peu trop virtuoses du studio, on démarre par un passage purement rythmique (dont Jaga Jazzist saura se souvenir pour en faire l'ossature de "I could have killed him in the sauna"). Le tout est suivi par les célèbres entrelacements, avec la basse qui a finalement le rôle le plus proche d'une ligne mélodique classique. Tout le morceau repose sur des successions de motifs, mise en canon, guitares seules, solos trop courts et pervertis pour mériter vraiment le titre de solos, même la batterie perd son rôle de fondation rythmique et s'en va suivre la mélodie ou jouer sur d'autres signatures (au point où le groupe devait jouer avec une click-track pour permettre à Bruford de faire ses broderies), changements de sons (dont des saturations qui devaient faire trop moderne à l'époque). Le tout parfaitement intellectuel et joyeusement sauvage: du Bach sado-maso.
To be played at maximum volume
Disque assez facile à trouver, que ça soit dans les bacs, sur Amazon, ou directement chez leur label.