21.2.06

Les lundis 5 ✭ ♫ : "For Free" de Motorpsycho

Motorpsycho, ou le secret le mieux gardé de Norvège. Un groupe sur lequel je suis tombé presque par hasard, au détour d'une note de pochette de Jaga Jazzist qui mentionnait, entre remerciements et influences, un obscur "Motorpsycho". Ce qui m'a poussé à acheter "Blissard", un peu au hasard, et à prendre une bien bonne claque.

Motorpsycho, historiquement composé de Bent Sæther (basse/vocals), Hans Magnus "Snah" Ryan (guitare/vocals) et Håkon Gebhardt (batterie), est un groupe qui a démarré à la fin des années 80 avec un son très metal / indie. "Lobotomizer", leur album de 1991 en est le parfait représentant - et de l'aveu général, pas très bon. Mais assez rapidement, avec le doubles LP "Demon Box", 1993 et triple LP "Timothy's Monster", 1994 (ces types ne dormaient-ils jamais ?) commencent à amorcer une transition. Plus de sons acoustiques, l'arrivée de nouveaux styles. Les albums reflètent assez bien l'évolution, on passe sur le même CD d'un très beau "All is loneliness" acoustique et au flanger comme on n'en fait plus à la suite bruitiste, thrash de 17 minutes "Demon Box".

"Blissard" en 1996 confirme la transition avec un son plus rock, souvent plus éthéré, des atmosphères soigneusement construites. Un peu comme du Radiohead en plus pêchu. Un morceau comme "True middle" n'est pas loin des montages à la Godspeed You! Black Emperor. Et la réussite de "Blissard" c'est d'avoir construit un nouveau son tout en gardant un groove contagieux. "True middle" et ses collages, le riff hallucinant de "STG" ou "Manmower" sont des pièces de choix de l'album, qui plus est très bien produit. Bref, un excellent album, et donc celui par lequel j'ai découvert Motorpsycho. L'album suivant, "Angels and Daemons at Play" poursuit l'exploration de formes plus rock, plus mélodiques (étonnant "Stalemate" au piano et guitare), et globalement, ça groove. Entre ce disque et le précédent, on a vraiment l'impression que Motorpsycho a pris ses marques.

"Trust Us" (encore un double!) pousse plus loin l'expérimentation. La base reste proche de Blissard mais là, Motorpsycho essaie de nouveaux instruments, des orchestrations, quelques nouveaux morceaux longs - qui fonctionneront manifestement très bien en concert, si l'on en juge par l'excellent disque live de cette époque "Roadworks Vol 1: Heavy Metall iz a poze, hardt rock iz a laifschteil" (j'adore ce titre). Là encore, plusieurs très bons morceaux superbement écrits "Hey Jane" (avec son sitar, eh oui), ou encore "Psychonaut" qui mêle les accents du Motorpsycho bruitiste première période et le talent mélodique des derniers albums. Un des gimmicks de "Trust us", c'est ces chansons qui commencent comme une authentique bluette pop pour finir dans le déchainement, "Vortex Surfer".

C'est assez intéressant de trouver d'ailleurs le génial Helge Sten, aka Deathprod comme compagnon de route de Motorpsycho. Producteur, auteur compulsif et perfectionniste d'electro ambient (écoutez "Morals and Dogma"), membre du collectif free/electro/jazz Supersilent, membre de fait de Motorpsycho sur plusieurs disques, son influence de producteur de "Trust Us" se fait nettement sentir.

Nouvelle évolution avec les disques suivants "Let them eat cake", "Phanerothyme" et "It's a love cult" qui jouent avec des climats nettement plus pop, et s'amusent avec les codes du rock psychédélique des 70's sans tomber pour autant dans la parodie ou la citation. On y trouvedes cordes, du jazz, des cuivres, toujours beaucoup de guitares, du free. Le gros atout de Motorpsycho, c'est non seulement de réussir à couvrir des styles très dissemblables sans tomber dans le ridicule mais surtout d'y garder quoi qu'il arrive une énergie constante et de ne jamais tomber dans la mièvrerie. L'inconvénient, c'est une production parfois pléthorique où il faut aller pêcher les pépites.

Deuxième volume live, sorti en 2000 mais enregistré en 1995, "Roadworks Vol 2: The Motorsource massacre" est assez loin de ce que pourrait supposer le titre, avec Motorpsycho se mêlant au groupe free-jazz The Source, et Deathprod est de la fête.

"Phanerothyme", en 2001 est le summum du son exploré dans les précédents albums: hommage aux délicates constructions vocales d'un Brian Wilson, on retrouve le parfum des Who de la grande époque "Who's next". Le long "Go to California" serait un peu le pendant de la madeleine de Proust "Again" d'Archive, mais qui aurait pris le rock californien comme fondation plutôt que le son Pink Floyd 70's.

Bon, et ce "For free" alors ? Extrait de cet album-ci. Energique, avec un excellent riff à l'acoustique, une bonne basse bien saturée, implacable, une bonne guitare qui sonne comme dans le temps et du groove. Comme disait un critique "les norvégiens ont découvert l'Amérique et surprise, ils sont arrivés par la côte ouest".
Allez pour la peine, un court extrait.

Pour finir, il existe une émanation amusante de Motorpsycho, "The International Tussler Society", groupe formé pour jouer des bandes originales de westerns inexistants: banjo, country et choeurs du far-west. Quand je vous dit que ces types sont imprévisibles.

Où en trouver ? Rien sur l'iTunes Music Store (français), sur Amazon quelques disques dont "Timothy's Monster", "Phanerothyme", "It's a Love Cult" et "Trust Us". Autre possibilité, CDON qui est un disquaire suédois usuellement fort bien fourni quand l'on cherche des groupes nordiques. Ou sinon en commande chez Stickman Records, leur label (et un label qui a une page sur leurs chats ne peut qu'être un bon label).

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