25.12.05

Chuck Close au SFMOMA

Chuck Close. Une superbe exposition au San Francisco Museum Of Modern Art.

Je connaissais certaines peintures de Chuck Close, son auto-portrait en jeune homme en colère à la clope, certains de ses beaux portraits en noir et blanc, comme le célèbre de Philip Glass. Cette exposition se consacre uniquement à ses autoportraits, de 1967 à aujourd'hui, des grandes toiles d'après photo à de fragiles daguerréotypes.

La technique de Chuck Close est fascinante. Les autoportraits sont peints d'après photographies. Souvent des images très frontales, froides, avec un petit quelque chose qui les distingue d'une bête photo d'identité. Très souvent, le matériel de départ est réduit au point où une même photographie va donner naissance à plusieurs générations d'oeuvres, parfois à travers une dizaine d'année ou plus.

Car une des caractéristiques de l'approche de Chuck Close, c'est la nuance, l'itération, l'infime variation de perception qui distinguera un portrait d'un autre. Sa manière d'aller au fond des choses, c'est être capable d'isoler une technique, un fragment de la peinture, pouvoir la comparer à ce qui aura déjà été, à ce qui le sera, à l'original photographique.

La technique de départ peut paraître simple: parmi une série d'autoportraits photographiques, en choisir un, le quadriller, utiliser ce même quadrillage sur la toile (éventuellement d'une taille très différente), et reproduire, case par case, l'intensité de chaque fragment de l'original.

Ça peut paraitre simpliste. Ça ne l'est pas. Parce que tout reste à faire: en quel taille reproduire l'original ? quelle est la taille de la grille elle-même, de chaque carré ? comment chaque case va-t'elle être reproduite ? quel support, quelle technique picturale utiliser ? En noir et blanc ? En couleur ? Comment faire naitre la couleur ? directement ? par combinaison ? Ce qui donne des oeuvres aussi diverses qu'un portrait gigantesque où chaque case est soigneusement noircie à l'acrylique, éventuellement grattée au rasoir. Ou bien un portrait assemblé avec une dizaine d'immenses polaroïd. Ou bien des cases dont le carré est maintenant un losange, à la couleur appliquée en ovales sur une couleur de base. Ou bien un treillis de papier maché où chaque carré a été teint isolément. Ou une lithographie. Ou une impression plus classique.

On pourrait penser à l'Oulipo et ses jeux de lettres, la contrainte du prisonnier, les lipogrammes, les milliards de poèmes et autres disparitions, tant le but de l'Oulipo de structurer, cadrer, contraindre et contrarier l'écriture pour lui offrir une structure pour stimuler l'imagination se prêterait bien à la peinture de Chuck Close.

Evidemment, pour quelqu'un qui comme moi a le malheur d'être informaticien, c'est doublement fascinant. Parce qu'il serait un contre-sens total de ramener les peintures de Chuck Close à une bête 'pixellisation': de loin, on voit une image pure, en se rapprochant, on distingue une trame et une impression qui force à s'éloigner de l'image nette d'un instant avant, et de plus près, la peinture s'efface devant une mosaîque de minuscules petites oeuvres abstraites.

Bref, ces peintures sont à l'opposée d'une reproduction mécanique: tout est affaire de jugement:
"In fact, the computer, in scanning an image and averaging all of the stuff in that square and assigning one tone to it, was doing something very similar. I had never wanted to pursue any labor- saving device. I'm not interested in saving my labor, and I'm not interested in giving over any of those judgments to any machine other than the camera that does the jotting down for me and the flattening and the two-dimensionalization of a three-dimensional situation. Other than the camera, I'm not interested in giving over any judgments to a machine. "

Et l'ensemble de ces autoportraits est une très jolie trace d'un cheminement, d'une exploration méthodique et jubilatoire de tout ce qui peut différencier une peinture d'une autre, une manière d'aller au fond des choses -- ceteris paribus, toutes choses étant égales par ailleurs.
I think images are worth repeating
images repeated from a painting
Images taken from a painting
from a photo worth re-seeing

I love images worth repeating
project them upon the ceiling
multiply them with silk screening
see them with a different feeling
"Images" de Lou Reed et John Cale, sur leur album d'hommage à Warhol, Songs for Drella

PS pour del4yo: oui, je suis passé par SFO, mais c'était pendant ton séjour dans les îles, promis

Commentaires:
Ah bon j'ai failli criser la O_O


Ouiiin je t'ai rate!
 
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